Écrire un scénario : ce que traduire veut dire…


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Écrire un scénario : ce que traduire veut dire…

Entretien avec Suzy Gillet, scénariste et cinéaste britannique, autour de son projet de film intitulé Chéramy. Où il est question de lectures, d'écriture, de traductions, de relectures et réécritures multiples, du passage des mots aux images, du français des livres à l'anglais d'un premier scénario, pour aboutir à la langue française du film…
par Corinne Chiaradia

La cinéaste britannique – mais farouchement non-nationaliste – Suzy Gillett était en résidence au Chalet Mauriac cet automne pour mettre la dernière main au scénario – en français – de Chéramy, son premier long métrage. Dernière ? Pas si sûr, tant ce travail d’écriture se nourrit d’allers-retours et de patient tissage, entre deux langues et de multiples intervenants, avec en ligne de mire la volonté de « traduire » sa vision de l’histoire du peintre Frédéric Bazille en langage cinématographique.

  • C’est votre troisième séjour au chalet Mauriac [1] : comment s’est organisée la progression de votre travail pendant et entre ces résidences ?
Suzy Gillet : Le travail a réellement commencé il y a trois ans, quand j’ai rencontré le producteur David Hurst. Je suis venue à Bordeaux en novembre 2016 pour signer un contrat avec Dublin Films, et j’ai passé ensuite à peu près un an à écrire un « traitement » pour créer la structure du film. J’ai travaillé avec une consultante, Nadja Dumouchel, en faisant des allers-retours à Paris. En 2018, je suis venue au Chalet avec un traitement complet, en anglais, disons une structure « brute » qui tenait pour commencer à ajouter les dialogues. Mais dès ce moment il y avait du texte en français, puisque je me base sur un sujet français, avec une documentation principalement en français, j’ai dû faire moi-même une sorte de traduction de l’histoire de Bazille pour pouvoir la « placer » en anglais.

J’ai travaillé un mois ici, en juin 2018 [2], dans une concentration totale – au Chalet j’ai découvert cette forme de résidence qui n’existe pas du tout en Angleterre. Jusqu’à l’automne, le travail avait aussi un but de demande d’aide à l’écriture : on a obtenu celle de la Région en premier, avec cette résidence et en octobre nous avons fait une demande auprès du CNC. À ce moment-là Nadja est devenue coscénariste, le rôle de consultant n’étant pas reconnu par le CNC, et de toute façon elle était là dès le départ.
Depuis, nous avons travaillé en binôme, ou en répartition moitié-moitié, pour aboutir à un scénario directement en anglais – Nadja écrit très bien l’anglais et ensuite je repasse, mais chacune revoit le travail de l’autre de toute façon ! Au cours de l’hiver, on a obtenu l’aide du CNC et de la Procirep, ce qui a permis de nous payer et que le travail soit à fond pendant certaines périodes.


Au printemps, je pensais revenir au Chalet vers ce que je pensais être « la fin ». Mais, début avril nous avons eu un rendez-vous à Paris avec un autre consultant, Philippe Barrière – puisque Nadja était « dedans » elle n’avait plus l’objectivité nécessaire – et cette personne nous a dit : vous avez fait un film de chronique parfait, c’est excellent, mais il pourrait aller bien plus loin si vous mettiez plus de concentration sur la tragédie romantique, ce serait plus passionné…

  • … Plus émotionnel ?
L’histoire est très émotionnelle dès le départ, mais il pensait que l’on pourrait aller plus loin. En fait c’était comme faire une Open Heart Surgery, ce que j’appelle « surgery de cœur ouvert » : prendre un scénario complètement bouclé, l’ouvrir et insérer de nouvelles scènes. Et ça, c’est un travail complètement dingue : tu dois ouvrir le corps pour y insérer des choses et, chaque fois, ce que tu ajoutes se répercute sur tout le reste. Donc ce n’est pas un geste minimum… Alors quand j’ai été invitée au Chalet Mauriac pour les deux premières semaines d’avril et les deux dernières semaines de mai, j’ai pris la décision de rester en France entre les deux pour un séjour de deux mois.

Je suis allée à Metz, au musée de la Guerre de 1870, et aux alentours de Baune-La-Rolande : là-bas, j’ai vu pour la première fois le lieu de bataille où est décédé Bazille. J’avais fait des années de recherche sur les lieux où il a vécu, où il a peint tel ou tel tableau, tout… sauf me concentrer sur le lieu de sa mort. Et c’était vraiment une sorte de deuil, non, de rencontre, pour le remercier de ce parcours. Enfin, il m’a accompagnée pendant presque onze ans, une véritable obsession… Donc j’y suis allée avec un ami, au prétexte d’un repérage, mais c’était aussi vraiment pour comprendre ce lieu, le dernier où il a vécu.

Pendant ce temps Nadja travaillait le scénario et elle me le renvoie en mai… Tout ça est très bizarre, il faut le temps de faire autre chose et ensuite revenir, pour que les éléments s’assemblent, c’est une sorte de cuisine, une très très longue cuisine ! Comme une sculpture : pour que le visage « sorte » il faut que tout soit fait au même moment, non pas juste le nez et dire « oh, j’ai un nez parfait », ça ne marche pas comme ça ! [rire]. Comme dans un tableau, c’est le travail de l’artiste, tout doit être égal et tenir dans un ensemble.

Au cours de l’été je n’ai fait qu’écrire pendant plusieurs semaines. Et voilà, début août, nous avons bouclé la version anglaise et c’est passé à la traductrice, Claire Beaudoin. Puis, courant septembre, nous avons travaillé sur la version traduite, Nadja et moi. Nous avons passé plusieurs jours à faire les corrections, en français, et j’étais très contente de constater que je voyais précisément les mêmes problèmes que Nadja, donc mon français n’était pas un souci…

Après les corrections, nous avons rencontré une autre consultante – Raphaëlle Desplechin, dont je connais le travail pour avoir été interprète lors d’ateliers d’écriture de scénario qu’elle animait. On a donc eu cette séance de quatre heures avec Raphaëlle, et là, on live, elle nous a fait les dialogues, comme ça… Waouhh ! Nous n’en étions pas encore là, pourtant elle a « vu » les scènes ! Pour moi c’était très réjouissant, parce qu’elle était totalement d’accord avec notre structure, c’était parfait, les scènes roulaient, avec juste quelques commentaires « oui, là vous pouvez faire ceci et cela… »

En octobre dernier, Nadja a inséré en français les corrections sur lesquelles on était d’accord, à partir des idées apportées par Raphaëlle. Et voilà, j’ai reçu la version française corrigée et c’est à mon tour d’avoir une sorte de… pas une jalousie, mais comme si ce n’était plus à moi, que ça existait en dehors de moi. Mais il y avait quand même de petites choses… J’en ai discuté avec David et je viens de passer dix jours au Chalet à remettre certaines choses… Et je me suis aperçue que j’écrivais en français : je ne peux pas le faire en anglais, ce serait comme aller en arrière. Ce n’est peut-être pas parfait, mais je fais de mon mieux ces changements en français, parce qu’aujourd’hui il faut que ça coule d’une langue entière… C’est vrai que mon producteur est bilingue, la coscénariste et moi aussi, on a donc une souplesse pour jouer avec les deux langues, mais le travail final doit être en français, le monde dont parle le film est français. Toutefois il y a mon regard, un peu externe, qui me permet d’entrer dans ce monde, même si je ne lui appartiens pas, ce n’est pas une chasse gardée…

  • Traduire ce scénario était une nécessité technique (fournir des dialogues français à des acteurs français), mais il y a aussi un enjeu esthétique et artistique, sur le niveau et la « couleur » de la langue ?
Oui bien sûr, c’est précisément là… Il y a une sensibilité, une ambiance que l’on veut apporter… Écrire un scénario est très bizarre, c’est comme un dessin d’architecte en quelque sorte, ce n’est pas la maison, mais une intention, on va mettre une chambre ici, une chambre là…

  • C’est parce que vous avez la vision d’une forme globale que vous pouvez insérer les éléments…
Oui, un scénario doit être interprété ou traduit visuellement, il y a tellement de niveaux… Il y a plusieurs strates de « traduction » dans le travail du scénario, au-delà des langues c’est une question de forme… Quand on dit ceci ou cela est-ce que l’on comprend quelle est cette vision ? Mais là, je suis très contente, j’ai fait des changements un peu radicaux, on pourra toujours revenir en arrière si on n’est pas d’accord, mais il faut tester chaque changement, chaque angle différent et, après, tout trouve sa place.

  • Donc une fois que la traductrice vous a rendu le scénario, elle n’est plus intervenue ?
Claire Beaudoin en fait est comédienne, et dès le départ elle nous a traduit le traitement – ce qu’elle a fait très bien, puisque nous avons obtenu quatre aides sur cinq demandes faites avec son travail. Et elle aussi est tombée amoureuse du sujet ! Mais je ne l’ai jamais rencontrée. Le travail de traduction du scénario c’est un autre niveau et de toute façon on est tous là à corriger des formules très précises, en de nombreuses étapes, à chercher est-ce que tel mot fonctionne… Au final, on est quatre à savoir lire l’anglais, elle fait son travail et après, nous, on ajuste.

Ces deux dernière semaines j’étais censée écrire en anglais, j’ai retravaillé quelques scènes, des bouts de scènes et cet après-midi je vais voir David, pour que l’on décide s’il faut ou non qu’elle traduise cela, c’est un peu bâtard comme travail maintenant… Mais comme je le disais, cela revient quand même pour moi au point de départ, « instaurer » les choses que j’ai lues en français, telle phrase que Bazille a dite et il s’agit maintenant de tisser la version finale…

  • Et c’est un film « d’époque » en costumes…
Oui, mais on essaie de faire un film différent du J’accuse de Polanski, sans ce cirque où tous les vêtements sont neufs ! On va plutôt dans le sens d’un cinéma épuré… Les tableaux de Bazille sont hyper épurés, il a enlevé énormément de choses de la vie, il ne garde dans son tableau que ce qui veut dire quelque chose, et pour le film on adopte un peu cette démarche ; également pour une question de finances – côté budget je ne suis pas encore Polanski, et d’ailleurs ça ne m’intéresse pas, je ne fais pas une reconstruction du passé…

  • Mais ce n’est pas par défaut que vous prenez cette direction-là ?
Non, moi je le vois plutôt comme un film documentaire à 150 ans de distance, enfin c’est beaucoup plus réel, beaucoup plus vivant en quelque sorte.

  • Et par rapport à la langue qui sera employée dans le film…
La langue… Nous voulons que ce soit assez neutre, sans avoir des termes trop modernes, mais pas dans une imitation du langage du 19e… On réalise un film sur des gens qui appartiennent à l’avant garde, donc on peut se permettre certaines choses… Ces personnes ne vont pas parler un argot contemporain, mais on comprendra ce qu’ils vont dire, les tournures de phrases… Cela dit, c’est vrai qu’au départ il était question de confier ce travail à un dialoguiste, mais je pense que ça « tient » pour le moment. On va quand même envoyer cette version à des lecteurs français, pour qu’ils nous donnent leur avis, voir si on a besoin d’une étape supplémentaire. Et puis il y a eu cette séance avec Raphaëlle qui elle-même connaît bien cette époque. J’étais très contente quand j’ai vu une carte postale de Jacques-Émile Blanche dans son bureau, elle connaît le monde qu’il s’agit de faire vivre.

  • À ce propos, le titre, Chéramy, est un intraduisible, délicieusement français…
Le film est une histoire d’amitié entre deux hommes, dont on ne sait pas historiquement jusqu’où elle est allée, alors j’ai fait en sorte que l’histoire penche vers l’idée que Bazille tombe amoureux de son meilleur ami [Edmond Maître] – ce qui à l’époque était complètement interdit – et ce dernier l’appelait « chéramy » dans leur correspondance. Mais quand il va le dire dans le film comment entendre que c’est écrit de cette manière ? On a très peu de scènes où il écrit des lettres… Je me suis emparée de cette expression et c’est devenu le titre, pour moi c’était une évidence, cela dit tout, c’est le « cher ami » mais c’est un peu plus… Je suis très contente du titre !

  • Il fait aussi penser au Bel-Ami de Maupassant…
Voilà c’est ça, ils sont contemporains, cela donne l’idée d’une certaine époque.

  • Mais c’est amusant d’avoir choisi cette expression qui est une invention, une création littéraire…
Oui, un néologisme en fait. Si le film sortait en Angleterre, je ne sais pas si on pourrait traduire le titre… parce que Dear Friend ça n’a rien à voir !

  • Il vous arrive de traduire des scénarios et de faire du sous-titrage. Il existe en France une association, ATAA [3], qui sert les intérêts des adaptateurs et traducteurs, négocie un code de déontologie, des tarifs : existe-t-il une structure similaire en Angleterre ?
Non ! Mon tarif n’a pas changé en trente ans, c’est toujours le même ! Ce tarif est de 10 pence un mot, c’est la base, même si certaines personnes peuvent demander 8,5… Le pire ce sont les transcriptions audio, oh parce que ça prend deux heures pour traduire à l’écrit 15 minutes d’audio !

  • Vous le faites pour rendre service à des amis ou comme revenu complémentaire ?
Cela dépend, avant c’était un revenu complémentaire. Mais c’est intéressant, par exemple j’ai fait beaucoup de traductions pour des cinéastes africains ou pour des gens qui en avaient vraiment besoin pour des demandes d’aides. Je le fais seulement pour ceux dont le cinéma me plaît ou qui ont des projets intéressants. J’ai rarement fait des commandes commerciales, mes choix sont guidés par l’amitié ou la connaissance d’une œuvre. La dernière fois, il y a deux ou trois ans, un cinéaste sur Facebook a demandé : « Est-ce que quelqu’un peut faire la traduction de mes sous-titres en anglais ? » et moi je dis : « Oui, envoie-les moi »… Et le film durait cinq heures ! [rire] Bon, en fait cette personne avait déjà fait ses traductions, mais mal et il fallait corriger tout ça…

Je suis également interprète, j’aime bien ça, mais c’est épuisant. Je fais les Q&A (« Questions and Answers »), les journées de presse, les conférences… On est trois personnes à Londres pour les Q&A, les questions-réponses avec le réalisateur après une projection de film, il n’y a pas d’association mais l’une d’entre nous a proposé des tarifs, et on se base dessus pour ne pas s’entrecouper…

  • Éviter la concurrence déloyale…
Oui, et quand on nous demande de faire un peu moins cher, c’est non ! Cela te donne un atout dans ton échange, face aux gens qui se disent « mais c’est juste pour 10 minutes… » Et bien non, parce qu’il faut avoir une connaissance précise du vocabulaire, ce n’est pas dix minutes comme ça [elle claque des doigts] : c’est trente ans de travail, plus les deux heures du film, plus être là avant pour faire l’introduction… Les gens sont complètement inconscients du boulot que cela représente et pour la traduction c’est pareil : je suis très consciente du travail nécessaire, le savoir-faire, les deux langues…

  • Et la connaissance culturelle…
Tout à fait. Même si le Google translate français-anglais progresse depuis qu’ils ont inséré tous les livres de droit canadien, ce n’est pas du tout correct au final ! On n’en est pas encore là, pas encore à enlever les personnes, la bienveillance des personnes, on en est loin…

  • Vous êtes anglaise, votre film traite de la vie et de l’œuvre d’un artiste français, il est produit par une société bordelaise, vous avez vécu en France pendant six ans et travaillé sur des projets internationaux [4], bref vous avez un parcours « non nationaliste » …
Complètement !

  • Que vous inspire alors le processus du Brexit et quelles conséquences redouter dans la production audiovisuelle ?
Le Brexit c’est terrible, c’est une sorte de catastrophe nationale et personnelle. Je n’étais pas surprise le matin du vote, pas du tout surprise… J’avais vu le travail illégal du «Vote Leave », la campagne qu’ils ont faite. Mais aujourd’hui, j’ai un peu décroché parce que cela alimente des news continuelles et si je me laisse dévorer journalièrement, je ne tiens pas, alors je fais un pas de côté, je suis tellement impliquée que j’ai besoin de recul pour sauvegarder ma santé… J’ai quand même consacré ma vie à construire les liens européens. Quand j’étais jeune l’Angleterre était en dehors de l’Europe : c’est comme si l’on repartait en arrière, à un moment où la France semblait si loin… J’ai développé des coopérations pan-européennes avec la volonté politique et culturelle de pas se sentir coupés du monde, alors que, dans l’audiovisuel, cette île ne regarde que vers les États-Unis… J’ai passé trente ans à regarder dans une autre direction, vers l’éducation française au cinéma et toutes les choses que l’on pourrait amener chez nous, parce qu’on est beaucoup plus proches de la taille d’un pays européen que des États-Unis… Anyway… C’est un peu comme si ce travail de longue haleine pouvait être balayé alors… Je ne peux pas… Pour le moment, tant que ce n’est pas fait, je ne peux pas m’engager.

  • Vous ne voulez pas vous projeter dans l’après ?
En fait, j’avais très peur pour le film, me demandant que se passe-t-il si je ne suis plus européenne ? Heureusement, pour l’aide à la production, le fait que j’ai une coscénariste française valide le projet, mais quand même ce serait une catastrophe. Après, moi je ne suis qu’une personne, mais j’imagine que pour le reste… Oui c’est dingue quoi ! Et comme cela fait trois ans, les gens blaguent un peu, pourtant ce n’est pas pas drôle, c’est horrible, j’ai vu des amis se bagarrer… Enfin, bon, ce n’est pas encore fait et maintenant que Johnson se dévoile vraiment, je ne peux pas croire que les gens soient tellement aveugles…

  • Dans votre travail, même s’il y aura des évolutions de règles administratives, vous n’allez pas changer de façon de voir le monde au-delà des frontières…
Non je ne peux pas, moi je suis transnationaliste, je pense qu’il ne faut pas de frontières. Mon premier projet, à Paris, était avec des Maliens, je suis allée les rencontrer dans les foyers Sonacotra. Jusque dans les années 80, ils faisaient le va-et-vient, ces garçons quittaient leur village pendant deux ans, venaient en France chercher de l’argent, puis rentraient chez eux. Ensuite leurs jeunes frères prenaient la relève, c’était un mouvement, personne n’avait l’idée qu’un jour les frontières seraient bloquées. Puis ces jeunes gars, qui pensaient partir deux ans, se sont retrouvés bloqués à vie et sans aucun frère pour les remplacer. Ils ont passé leur vie dans une tristesse, une solitude immonde. Ces gens ne voulaient pas vivre dans un foyer Sonacotra, ce n’était pas le but. Voilà, c’était mon premier projet de film en France, alors les frontières…

Nous, en tant qu’Européens, nous avons la possibilité de nous installer n’importe où, c’est tout le bonheur de ce traité et l’idée de se retrouver sur cette île grise et de bloquer les gens, ça te tue… Je suis allée dans le Lake District, c’est une zone touristique, où vont travailler beaucoup d’Européens de l’Est, alors à la fermeture des frontières tout va s’arrêter, plus de cafés, de pâtisseries… Anyway… Ce qui est fou : je sais que des personnes ont voté « Leave » parce qu’elles trouvent que l’Europe a mis trop de frontières autour d’elle, à l’extérieur, elles sont contre l’Europe pour cette raison…

  •  … Mais la conséquence ce sera des frontières supplémentaires ?
Oui, il y en aura en Irlande du Nord, en Écosse…  Moi, qui suis à moitié galloise, ça ne me sert absolument strictement à rien pour mon passeport européen [rire], alors que j’ai plein d’amis qui sont allés chercher des passeports irlandais ou allemands, pour rester européens…

Propos recueillis à Saint-Symphorien, le 23 octobre 2019.
Photo © Élisabeth Roger


[1] 5 juin-2 juillet 2018 / 1-12 avril et 13-27 mai 2019 / 14-25 octobre 2019
[2] Voir l’entretien que Suzy Gillett avait donné à cette occasion à Antoine Sébire.
[3] ATAA : association des traducteurs et adaptateurs de l’audiovisuel, qui regroupe environ 400 professionnels du doublage, du sous-titrage et de la voice-over.
[4] Suzy Gillett a été curatrice du Festival Film Africa, de la Biennale de Marrakech, de Cinéma de femmes de Tanger à Téhéran, responsable relations internationale de la London Film School…